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Islam Lover Le respect, l'amour, la fraternité, la justice, la solidarité, le dialogue.... et encore, tels sont les principes nobles de l'islam que nous avons appris dans le Coran et que nous a enseigné notre meilleur exemple : le Prophète saws. L’islam est la religion qu’ALLAH a agréée pour tous les êtres humains. C'est une religion de paix, qui dénonce la terreur, l'injustice, et l'inflexibilité. J'invite toute l’humanité à découvrir l'islam sans préjugés, et j'invite tous les musulmans à éduquer leurs enfants selon les principes nobles et universels de l'islam. Je vous invite à découvrir ici le berceau de mon cœur et je prie ALLAH qu’il soit satisfait de nous pour que nous soyons vraiment la meilleure communauté qu’ait été fait surgir pour les Hommes. Salam alaykoum

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Nous nous souvenons des soldats qui ont détruit des familles palestiniennes

Par Islam Lover :: dimanche 08 janvier 2012 à 1:11 :: Al-Aqsa dans notre coeur
Voici maintenant 3 ans qui se sont écoulés sur l'offensive sur Gaza. Les jours, les semaines, les mois ou même les années n'auront pu effacer les larmes qui ont été versées, ni le sang qui a été sacrifié. Durant 20 jours, l'état israélien a écrit l'une des plus ignobles pages de son histoire et de l'histoire de l'humanité. Les images les plus atroces on été filmés par les caméra, et la souffrance la plus profonde a été et est encore endurée par le peuple palestinien. Ces 20 jours resteront une honte sur le front des arabes, des musulmans et de l'humanité. Les témoignages de cet article viennent d'une journaliste israélienne, et sont publiés dans le plus célèbre des quotidiens israéliens: eux-mêmes retracent le criminalité de leur armée....
Toujours contre l'oubli, Gaza est dans notre coeur...                                   
                                                        Islam lover

Nous nous souvenons des soldats qui ont détruit des familles palestiniennes

Amira Hass - Haaretz
En cet anniversaire de la guerre de Gaza, nous nous souvenons des soldats qui ont détruit des familles palestiniennes.

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Des centaines d’enfants palestiniens ont été massacrés par l’armée israélienne l’hiver 2008-2009, en totale impunité et sans la moindre mesure de rétorsion au niveau international

Le nom de Yoav Galant est le nom le plus souvent associé au troisième anniversaire de l’opération Cast Lead, mais il convient de se souvenir aussi des autres, des soldats anonymes inspirés par l’esprit de ces sommités militaires.

En ce troisième anniversaire du massacre de Cast Lead, il faut se rappeler les soldats anonymes qui ont tiré sur une voiture rouge dans laquelle un père de famille, Mohammed Shurrab, et ses deux fils revenaient de leurs champs. Il n’est pas juste que l’officier qui occupait alors le poste de Commandant de l’armée de terre du sud israélienne, le major général Yoav Galant, soit le seul dont le nom soit mentionné à l’occasion de cet anniversaire. En fait, la liste de tous les combattants qui devraient être mentionnés est longue.

Il ne faut pas oublier le pilote qui a lâché la bombe qui a tué Mahmoud al-Ghoul, élève au collège, et son oncle Akram, avocat, dans leur maison au nord de Gaza. Il ne faut pas oublier les soldats qui ont analysé les photos prises par les drones et qui ont décidé que les bouteilles chalumeau oxy acetilene pour la soudure que transportait Ahmad Samur, dans sa camionnette étaient des roquettes Grad, une décision qui a été suivie d’une ordre de bombarder le véhicule faisant ainsi 8 morts dont 4 mineurs.

Il faut se souvenir des soldats qui ont fait de la maison de la famille Abu Eida une base d’où tirer alentour, en entassant dans uns seule pièce un vieil invalide, une femme aveugle et deux vieilles femmes. On se rappellera que ces soldats ont empêché ces 4 personnes d’aller aux toilettes pendant 9 jours. On n’oubliera pas non plus les soldats qui ont regroupé les membres de la famille Samouni dans une maison et qui se sont éloignés de 80 mètres quand elle a été bombardée avec tous ses habitants à l’intérieur sur les ordres du commandant de brigade Ilan Malka - une personne qui mérite aussi qu’on se souvienne d’elle.

La liste n’en finit pas et nous nous excusons auprès de ceux que nous n’avons pas pu nommer à cause du manque de place. Mais en cette occasion nous devons une mention spéciale aux soldats qui occupaient un certain poste à l’est de Khan Yunis.

Le samedi 17 janvier 2009 à 8H46 (la veille de la fin de l’attaque) j’ai reçu la lettre suivante des Etats-Unis dans ma boite mail : "Mon père et deux de mes frères ont été attaqués hier [vendredi 16 janvier] en rentrant en voiture de leurs champs. Un de mes frères |[Kassab, 27 ans] est mort mais mon père [Mohammed Shurrab, 64 ans] et mon autre frère [Ibrahim, 17 ans] sont blessés et se trouvent dans un endroit contrôlé par l’armée israélienne. Ils ont été attaqués entre 13H et 13H30, heure locale, pendant le cessez le feu et les services de secours ne peuvent pas aller les chercher."

L’armée israélienne n’a pas permis à l’ambulance d’entrer dans cet endroit ; celui qui avait écrit la lettre, Amer Shurrab, pensait que sous la pression des médias, l’armée laisserait passer l’ambulance. "Nous sommes au désespoir, et nous frappons à toutes les portes pour qu’on nous aide à les sauver. Si vous connaissez un soldat de l’armée de terre qui pourrait nous aider en appelant un commandant local, nous vous serions infiniment reconnaissants, " écrivait-il.

Shurrab ne savait pas que pendant qu’il rédigeait son appel au secours à quelqu’un qu’il ne connaissait pas, son second frère était déjà mort après avoir perdu tout son sang dans les bras de son père durant 10 heures. Ce frère anxieux ne savait pas non plus que depuis 6 H du matin ce même samedi, Tom, un militant de l’ONG, les Physiciens pour les Droits Humains, était en contact avec moi.

Dans ce cas précis, un homme est mort en direct : jusqu’à ce que la batterie de son portable soit épuisée, Shurrab a téléphoné à sa famille à Gaza et aux Etats-Unis et il a appelé aussi le Croissant Rouge et la Croix Rouge, Tom de PDH et des journalistes locaux.

Le cessez le feu humanitaire, comme l’a intitulé l’armée israélienne avait duré ce vendredi de 10H du matin à 14H. Le père qui conduisait la voiture et ses deux fils sont passés à un check point de l’armée et on les a laissés continuer leur route. Vers 13H ils sont arrivés au supermarché de Abu Zeidan dans le quartier de Al Fukhary dans la partie orientale de Khan Yunis que les habitants avaient fuie au début de l’attaque terrestre. La maison voisine, le plus grand bâtiment de la rue, avait été réquisitionnée par l’armée 2 semaines plus tôt. Des coups de feu ont été tirés de ce bâtiment sur la voiture de Shurrab. Blessé à la poitrine Kassab est sorti de la voiture, et s’est effondré, mort. Ibrahim a sauté hors de la voiture et a été blessé à la jambe par les tirs incessants.

Le père, blessé au bras a réussi à tirer son fils survivant à l’abri d’un mur proche. Il voyait un tank et des soldats qui allaient et venaient. Les soldats le voyaient aussi. A 11H du soir, 10 heures après la fusillade, toujours contre le mur, le père s’est rendu compte que son fils qui avait perdu beaucoup de sang devenait froid et qu’il avait du mal à respirer. Il a réussi à le transporter dans la voiture criblée de balles, en espérant qu’il aurait plus chaud. Mais une demi-heure après minuit, dans la nuit de vendredi à samedi, le fils a rendu l’âme dans les bras de son père.

Tout cela s’est produit à 50 ou 100 mètres des soldats. De temps en temps le père angoissé parlait au téléphone avec Tom, qui de son appartement de Tel Aviv, a joint toute la nuit ses efforts à ceux de la Croix Rouge pour tenter de convaincre l’armée de laisser une ambulance aller les chercher. L’hôpital européen de Gaza est à environ deux kilomètres, une ou deux minutes de voiture, de là où ils se trouvaient.

Vers 9H30 le samedi matin, Tom a été informé que l’armée avait donné l’autorisation à l’ambulance de passer à midi.

Au même moment, le porte parole de l’armée israélienne disait dans un communiqué que "En général, pendant le cessez le feu, l’armée israélienne n’ouvrait le feu que si des roquettes étaient tirées sur Israël ou si des soldats essuyaient des tirs. Nous somme incapables d’enquêter sur tous les incidents ni d’en connaître le déroulement précis, ni de vérifier ou réfuter toutes les informations qui nous parviennent. L’entrée de l’ambulance a été autorisée seulement après que nous ayons pu évaluer la situation sur le terrain et qu’il ait eté décidé que les conditions permettaient son passage. Les personnes blessées [ !!] ont été évacuées par le ministère palestinien de la santé et conduites à l’hôpital de Rafah."

Je me souviendrai toujours de ces soldats anonymes qui ont décimé la famille Shurrab. Quand je suis allée sur les lieux le 24 janvier, j’ai découvert qu’ils n’avaient pas seulement laissé la maison de laquelle ils avaient tiré sur cette famille dans l’état de saleté et de destruction habituelle : ils avaient aussi laissé cette inscription, "Kahane* avait raison".

Pour consulter l’original : http://www.haaretz.com/print-edition/features/on-anniversary-of-gaza-war-we-will-remember-idf-soldiers-who-destroyed-palestinian-families-1.405012

Traduction : Dominique Muselet

Note :

* Meir David Kahane (né à Brooklyn, New York en 1932 - tué à Manhattan, New York en 1990) était un rabbin israélo-américain, défendant un courant ultra-nationaliste pro-Grand Israël et partisan de l’expulsion de tous les Palestiniens des territoires occupés, y compris les Palestiniens vivant en Israël. Il a fondé la ligue de défense juive (JDL) aux États-Unis puis le Kach, un parti politique israélien d’extrême-droite placé sur la liste des organisations terroristes et interdit. Son idéologie a inspiré de nombreux crimes anti-arabes et anti-palestiniens.

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Amira Hass est la correspondante de Haaretz dans les Territoires Occupés. A ce titre, elle a vécu 3 ans à Gaza et cette expérience a fait l’objet de son célèbre livre : Boire la mer à Gaza. Elle vit dans la ville de Cisjordanie de Ramallah depuis 1997.

La famille Abu Taima: Vivre sous occupation....

Par Islam Lover :: lundi 09 janvier 2012 à 1:08 :: Al-Aqsa dans notre coeur

28 décembre 2008 : la famille Abu Taima


PCHR Gaza


« Vivre sous occupation signifie que quelque soit l’espoir que vous ayez, il vous faudra l’abandonner un jour. Par exemple, vous élevez votre enfant et placez tous vos espoirs en lui. Mais un jour ils viennent et tuent votre enfant, et alors tous vos espoirs sont détruits. »

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Mahmoud Abu Taima et ses plus jeunes fils - Photo : PCHR Gaza

Dans les premières heures de la matinée du 28 décembre 2008, Mahmoud Abu Taima, son épouse Manal, et leurs deux fils aînés, Khalil et Nabil, ramassaient des courgettes sur leurs terres dans le village de Khuza’a, à l’est de Khan Younis. Après quelques heures, les deux frères se sont rendus vers les terres cultivées de leur oncle quelques centaines de mètres plus loin à l’ouest. À environ 8h30, l’armée Israélienne a tiré un obus depuis la barrière de la frontière, et il a explosé entre les deux garçons. Nabil (16 ans) a été tué et Khalil a été gravement blessé.

« Comprenez bien, le secteur était très calme. Beaucoup d’agriculteurs travaillaient dans leurs champs. C’est en terrain découvert. J’ai vu un projectile venir depuis la barrière de la frontière, tiré en direction des champs. Puis j’ai entendu l’explosion. J’ai immédiatement couru vers l’endroit de l’impact parce que je savais que mes fils étaient dans ce secteur. Avant que je ne sois arrivé, les gens avaient déjà mis les garçons sur un chariot tiré par un âne, pour les amener à l’hôpital, » rappelle Mahmoud Abu Taima (40 ans).

Khalil était dans un état critique, blessé avec des éclats d’obus dans la poitrine, les bras et les jambes, et il a subi une opération chirurgicale d’urgence juste après l’arrivée à l’hôpital. « Tandis que nous enterrions Nabil, nous nous attendions à ce qu’on nous rapporte aussi le corps de Khalil de l’hôpital, » dit la mère des garçons, Manal (37 ans).

La famille d’Abu Taima, qui a sa maison dans le village d’Abasan, à l’est de Khan Younès, est restée traumatisée après la mort de leur fils et frère Nabil. Ses parents et les six enfants les plus âgés et issus de mêmes parents, Khalil (20 ans), Naima (18 ans), Isra’ (15 ans), Mohamed (14 ans), Abdel Rahman (9 ans), et Ibrahim (6 ans) ont tous un très cher souvenir de lui. « Nabil était une partie de nous et il avait une grande place dans mon coeur. Je me rappelle de lui à chaque moment et je le sens présent parmi nous. Comme maintenant, alors que je bois le thé, je me rappelle de lui et j’ai l’impression qu’il est présent. Quand je prends mes repas, j’ai le sentiment qu’il est toujours ici avec nous. Je ne peux jamais l’oublier, » dit son père Mahmoud.

« Nabil était mûre pour son âge, » dit Manal, « il était très intelligent à l’école et tous ses professeurs et tous les étudiants l’aimaient beaucoup. La date anniversaire de sa mort, ses professeurs et ses amis viennent chez nous. En plus d’aller étudier, Nabil aimait s’occuper de ses lapins. Jusqu’au moment de sa mort, nous avons eu environ 50 lapins. Depuis que Nabil a été tué, ses lapins sont morts et il n’y a eu aucune naissance. Nous ne nous sentons plus comme avant maintenant qu’il n’est plus là. » Ibrahim (6 ans) et Abdel Rahman (9 ans) avaient une relation très profonde avec Nabil. Manal raconte : « Ils ont été lourdement affectés par sa mort. Ils ont voulu prendre une pelle et ouvrir sa tombe pour pouvoir ainsi le prendre et l’amener à un docteur pour qu’il le soigne. Ibrahim est resté bouleversé et traumatisé pendant longtemps et je l’ai emmené voir un psychologue. Quand j’ai dit aux enfants qu’une organisation de défense des droits de l’homme venait pour nous parler, Ibrahim m’a demandé s’ils ramèneraient Nabil. »

Khalil a passé ces trois dernières années à tenter de guérir de ses blessures corporels. « Après 3 jours j’ai été transféré en Egypte pour une nouvelle opération chirurgicale. Pendant les mois qui ont suivi j’allais à Médecins sans Frontières après avoir fini l’école, et j’ai eu des séances de 3 heures de physiothérapie. J’ai vécu des convalescences très longues. Malgré tout, il reste des éclats à l’intérieur de mes jambes, de la poitrine et des bras qui ne peuvent pas être enlevés. Il y a des endroits dans ma jambe gauche où je ne sens plus rien. Mes chevilles me font toujours souffrir et je ne peux plus me déplacer comme je le faisais avant. Ma mobilité, y compris ma marche, ont été affectées. Je ne peux pas faire tout que je veux. Par exemple, aujourd’hui je joue tout seul au football parce que j’ai trop peur que quelqu’un ne frappe ma jambe, et je serai alors à l’agonie. »

En plus de ses blessures corporelles, Khalil essaye de se faire à la mort de son frère et de se remettre du traumatisme lié à ce qui s’est produit. « Nous allions toujours à l’école et à d’autres endroits ensemble. Je me sens comme si j’avais perdu un morceau de mon corps. Il est difficile de continuer ma vie sans cette partie. Pendant la guerre c’était mon année de tawjihi [dernière année de lycée] et je devais à tout prix me rendre à l’école. Je suis resté traumatisé. Quand je dormais, je pouvais entendre le bruit d’un missile fonçant vers moi. Finalement, j’ai malgré tout passé le tawjihi cette année-là et je suis à l’université maintenant. » Manal ajoute que Khalil avait des crises de panique après l’incident, « même le bruit des oiseaux pouvait le paniquer. »

Quelques jours après l’attaque, les bulldozers israéliens ont détruit les terres cultivables appartenant à la famille d’Abu Taima, à approximativement 700 mètres de la frontière. « Nous avions des cultures de courgettes, et une petite cabane servant d’entrepôt pour les engrais et les outils. Nous avions également un réseau d’irrigation et une pompe à eau. Tout est détruit maintenant. Nous n’avons pas pu nous rendre à notre ferme pendant 2 ans, car c’était trop dangereux. Maintenant nous y allons, en dépit des tirs de l’armée israélienne dans notre direction. C’est difficile. Depuis la mort de mon fils j’ai perdu ma motivation pour travailler la terre, » dit Mahmoud.

Mahmoud n’ose plus avoir un quelconque espoir pour l’avenir : « Vivre sous occupation signifie que quelque soit l’espoir que vous ayez, il vous faudra l’abandonner un jour. Par exemple, vous élevez votre enfant et placez tous vos espoirs en lui. Mais un jour ils viennent et tuent votre enfant, et alors tous vos espoirs sont détruits. Nous essayons de penser à l’avenir et d’avoir des espoirs sur le long terme, mais cela ne nous est plus possible. »

La famille n’est pas optimiste sur l’éventualité d’assister un jour à un procès contre ceux qui sont responsables de la mort de leur fils. « Nabil n’était ni le premier ni le dernier à avoir été tué par l’armée [d’occupation]. Beaucoup de garçons comme lui ont été tués. Même s’ils [les Israéliens] arrêtaient les soldats qui ont tiré l’obus, ils diraient qu’ils sont fous, » indique Mahmoud.

Le 2 juillet 2009, le PCHR a déposé une plainte devant les autorités israéliennes d’occupation au nom de la famille d’Abu Taima. À ce Jour, il n’y a eu aucune réponse.

La Famille Nasla: et la douleur continue...

Par Islam Lover :: vendredi 20 janvier 2012 à 20:08 :: Al-Aqsa dans notre coeur

1er janvier 2009 : la famille Nasla


PCHR Gaza

« Si notre destin est de mourir, je souhaite que nous mourions tous ensemble. Je ne voudrais pas que quelqu’un d’entre nous se retrouve seul à endurer cette douleur. »

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Jihad, Mu’tassam, et Zeid Nasla avec la photo de M’uz Nasla, tué dans l’attaque

Il était 15 heures en ce 1er janvier 2009 lorsque des avions militaires israéliens ont bombardé le château d’eau qui était en face de la maison de la famille Nasla, située au nord de Beit Lahiya. A l’heure où la première bombe est tombée, la famille était sur le point de déjeuner. Au moment où la famille avait tenté de quitter la maison à cause de la fumée asphyxiante, une seconde bombe a frappé la zone, tuant Ayoun et M’uz Nasla, âgés de 6 et 2 ans respectivement.

La scène qui a suivi l’accident est particulièrement pénible. Jihad, le père de Ayoun et M’uz se souvient d’une journée assez cruelle et funeste et raconte à cet effet : « En accourant vers mes enfants, j’ai trouvé M’uz gisant alors que son cœur était sorti de la poitrine. Quant à Ayoun, il manquait une partie au crâne de ma fille, ce qui a fait répandre son cerveau partout ».

Pour sa part, Fatima, la maman âgée de 42 ans se souvient : « J’avais l’habitude de raconter à M’uz l’histoire d’Abraham pour l’aider à s’endormir le soir. A présent, c’est au moment où je visite mes enfants dans leur tombe que les détails de l’incident me reviennent et torturent mon esprit. Aujourd’hui aussi, je ne peux plus me rendre dans les boutiques pour vêtements d’enfants car j’étais habituée à acheter pour trois garçons et deux filles. A l’heure actuelle, il m’est insupportable de n’acheter que pour trois ».

Cette journée fatidique n’est pas prête de s’effacer de la tête de la mère de famille. En effet, Fatima semble penser et repenser à ce qui s’est passé le jour de l’incident. Elle révèle : « M’uz avait un rituel. Chaque matin, il sortait dans le balcon de la maison et criait - bonjour - à Majdal et Herbia, d’où notre famille est originaire, et chaque soir il leur souhaitait - bonne nuit. Le jour de son assassinat, il a certes dit bonjour mais n’a jamais plus eu la chance de dire bonsoir ».

« D’autre part, poursuit Fatima, M’uz aimait une chanson de la résistance qu’il chantonnait tout le temps. Dans ma tête, cette chanson est liée à mon fils dont je me rappelle à chaque occasion où elle est jouée, notamment le jour de l’anniversaire de sa mort qui coïncide avec l’anniversaire d’un groupe de résistance. D’ailleurs, le titre de la chanson est gravé sur la tombe de mon fils ».

Et comme dans tous les foyers palestiniens touchés par l’attaque, la dynamique de la famille Nasla avait radicalement changé. Ce changement est principalement dû au stress qui règne partout, car il suffit qu’un membre de la famille soit angoissé pour que toute la famille ressente la même inquiétude. A ce sujet, Jihad explique : « Mon épouse pleure chaque jour. Comme je ne supporte pas de la voir dans cet état, j’essaie sans cesse de la calmer, mais cette situation est devenue une source de disputes entre nous » Pour sa part, Fatma ajoute : « Je pleure tout le temps au point où je sens que ma vision commence à faiblir ».

A ce stress s’ajoute l’angoisse vécue par les enfants. Par exemple, dit Jihad « Si Zeid se réveille au milieu de la nuit alors qu’il fait sombre, il commence à crier. En conséquent, je me lève d’un bond terrifié que quelque malheur soit survenu » Ainsi, il est facile de palper l’angoisse dans laquelle vivent les enfants et ce, à travers le récit des parents sur les bouleversements intervenus dans leurs vies depuis la morts de leurs frères, notamment leur réaction à ce triste sujet de discussion. Jihad avoue : « Mu’tassam était quelqu’un de très calme, mais depuis l’incident, il est devenu très violent. Ce changement de tempérament a également eu des répercussions négatives sur son niveau scolaire ».

Aujourd’hui, c’est la troisième année depuis que la guerre a sauvagement changé la vie des Nasla. En évoquant l’avenir, c’est avec un sentiment mélangé de craintes et de doute que le couple l’envisage. Fatma opte pour la paix et affirme : « Dans le futur, j’aspire à vivre en paix avec les israéliens, quoique je demeure sceptique au vu de tout ce que les israéliens nous font vivre. Si notre destin est de mourir, je souhaite que nous mourions tous ensemble. Je ne voudrais pas que quelqu’un d’entre nous se retrouve seul à endurer cette douleur » Quant au mari, il partage le même avis et reconnait : « Je suis terrifié à l’idée qu’une nouvelle attaque puisse emporter d’autres membres de la famille. Des fois, quand les avions survolent au-dessus de nos têtes, je demande aux enfants de continuer de jouer pour qu’ils ne se doutent de rien. Au fond de moi, je souhaiterai que le lourd fardeau de la douleur s’apaise un jour. Hélas, j’ignore comment il pourra bien prendre fin ».

Le 9 septembre 2009, le PCHR a déposé une plainte criminelle aux autorités israéliennes. A ce jour, aucune suite n’a été donnée.

Consulter également: Le destin de la famille Abu Taima

Quatre heures à Chatila 1

Par Islam Lover :: mardi 24 janvier 2012 à 1:26 :: Al-Aqsa dans notre coeur

L'histoire est le témoin le plus fidèle quant à la barbarie d'Israël et du sionisme. Sabra et Chatila demeureront à tout jamais des souvenirs cruels dans la mémoire de tout musulman. Le récit en est fait ici par Jean genet, dans un style à la fois fort de sens et d'émotions...

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Quatre heures à Chatila


Jean Genet


Note de la rédaction - Du 16 au 18 septembre 1982, l’horreur s’est abattue dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila à Beyrouth. Durant plus de 40 heures, près de 3000 Palestiniens ont été décimés par des miliciens phalangistes libanais armés et protégés par les forces d’occupation israéliennes. Un massacre planifié et orchestré par l’armée israélienne.

En septembre 1982, Jean Genet accompagne à Beyrouth Layla Shahid, devenue présidente de l’Union des étudiants Palestiniens. Le 16 septembre ont lieu les massacres de Sabra et Chatila par les milices libanaises, avec l’active complicité de l’armée israélienne qui vient d’envahir et d’occuper le Liban . Le 19 septembre, Genet est le premier Européen à pouvoir pénétrer dans le camp de Chatila. Dans les mois qui suivent, il écrit « Quatre heures à Chatila », publié en janvier 1983 dans La Revue d’études palestiniennes. 
Ce texte magnifique, réquisitoire implacable contre les responsables de cet acte de barbarie, ne commence pas par évoquer l’horreur du charnier. Il commence par le souvenir des six mois passés dans les camps palestiniens avec les feddayin, dix ans avant le massacre de Sabra et Chatila.

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Jean Genet

« A Chatila, à Sabra, des non-juifs ont massacré des non-juifs, en quoi cela nous concerne-t-il ? » - Menahem Begin (à la Knesset)

Personne, ni rien, aucune technique du récit, ne dira ce que furent les six mois passés par les feddayin dans les montagnes de Jerash et d’Ajloun en Jordanie, ni surtout leurs premières semaines. Donner un compte rendu des évènements, établir la chronologie, les réussites et les erreurs de l’OLP, d’autres l’ont fait. L’air du temps, la couleur du ciel, de la terre et des arbres, on pourra les dire, mais jamais faire sentir la légère ébriété, la démarche au dessus de la poussière, l’éclat des yeux, la transparence des rapports non seulement entre feddayin, mais entre eux et les chefs. Tous, tous, sous les arbres étaient frémissants, rieurs, émerveillés par une vie si nouvelle pour tous, et dans ces frémissements quelque chose d’étrangement fixe, aux aguets, protégé, réservé comme quelqu’un qui prie sans rien dire. Tout était à tous. Chacun en lui-même était seul. Et peut-être non. En somme souriants et hagards. La région jordanienne où ils s’étaient repliés, selon un choix politique, était un périmètre allant de la frontière syrienne à Salt, pour la longueur, délimitée par le Jourdain et par la route de Jerash à Irbid. Cette grande longueur était d’environ soixante kilomètres, sa profondeur vingt d’une région très montagneuse couverte de chênes verts, de petits villages jordaniens et d’une culture assez maigre. Sous les bois et sous les tentes camouflées les feddayin avaient disposé des unités des unités de combattants et des armes légères et semi-lourdes. Une fois sur place, l’artillerie, dirigée surtout contre d’éventuelles opérations jordaniennes, les jeunes soldats entretenaient les armes, les démontaient pour les nettoyer, les graisser, et les remontaient à toute vitesse. Quelques-uns réussissaient l’exploit de démonter et de remonter les armes les yeux bandés afin de pouvoir le réussir la nuit. Entre chaque soldat et son arme s’était établi un rapport amoureux et magique. Comme les feddayin avaient quitté depuis peu l’adolescence, le fusil en tant qu’arme était le signe de la virilité triomphante, et apportait la certitude d’être. L’agressivité disparaissait : le sourire montrait les dents. 
Pour le reste du temps, les feddayin buvaient du thé, critiquaient leurs chefs et les gens riches, palestiniens et autres, insultaient Israël, mais parlaient surtout de la révolution, de celle qu’ils menaient et de celle qu’ils allaient entreprendre. 
Pour moi, qu’il soit placé dans le titre, dans le corps d’un article, sur un tract, le mot « Palestiniens » évoque immédiatement des feddayin dans un lieu précis - la Jordanie - et à une époque que l’on peut dater facilement : octobre, novembre, décembre 70, janvier, février, mars, avril 1971. C’est à ce moment-là et c’est là que je connus la Révolution palestinienne. L’extraordinaire évidence de ce qui avait lieu, la force de ce bonheur d’être se nomme aussi la beauté. 
Il se passa dix ans et je ne sus rien d’eux, sauf que les feddayin étaient au Liban. La presse européenne parlait du peuple palestinien avec désinvolture, dédain même. Et soudain, Beyrouth-Ouest.

*
* *

Une photographie a deux dimensions, l’écran du téléviseur aussi, ni l’un ni l’autre ne peuvent être parcourus. D’un mur à l’autre d’une rue, arqués ou arc-boutés, les pieds poussant un mur et la tête s’appuyant à l’autre, les cadavres, noirs et gonflés, que je devais enjamber étaient tous palestiniens et libanais. Pour moi comme pour ce qui restait de la population, la circulation à Chatila et à Sabra ressembla à un jeu de saute-mouton. Un enfant mort peut quelquefois bloquer les rues, elles sont si étroites, presque minces et les morts si nombreux. Leur odeur est sans doute familière aux vieillards : elle ne m’incommodait pas. Mais que de mouches. Si je soulevais le mouchoir ou le journal arabe posé sur une tête, je les dérangeais. Rendues furieuses par mon geste, elles venaient en essaim sur le dos de ma main et essayaient de s’y nourrir. Le premier cadavre que je vis était celui d’un homme de cinquante ou soixante ans. Il aurait eu une couronne de cheveux blancs si une blessure (un coup de hache, il m’a semblé) n’avait ouvert le crâne. Une partie de la cervelle noircie était à terre, à côté de la tête. Tout le corps était couché sur une mare de sang, noir et coagulé. La ceinture n’était pas bouclée, le pantalon tenait par un seul bouton. Les pieds et les jambes du mort étaient nus, noirs, violets et mauves : peut-être avait-il été surpris la nuit ou à l’aurore ? Il se sauvait ? Il était couché dans une petite ruelle à droite immédiatement de cette entrée du camp de Chatila qui est en face de l’Ambassade du Koweït. Le massacre de Chatila se fit-il dans les murmures ou dans un silence total, si les Israéliens, soldats et officiers, prétendent n’avoir rien entendu, ne s’être doutés de rien alors qu’ils occupaient ce bâtiment, depuis le mercredi après-midi ? 
La photographie ne saisit pas les mouches ni l’odeur blanche et épaisse de la mort. Elle ne dit pas non plus les sauts qu’il faut faire quand on va d’un cadavre à l’autre. 
Si l’on regarde attentivement un mort, il se passe un phénomène curieux : l’absence de vie dans ce corps équivaut à une absence totale du corps ou plutôt à son recul ininterrompu. Même si on s’en approche, croit-on, on ne le touchera jamais. Cela si on le contemple. Mais un geste fait en sa direction, qu’on se baisse près de lui, qu’on déplace un bras, un doigt, il est soudain très présent et presque amical. 
L’amour et la mort. Ces deux termes s’associent très vite quand l’un est écrit. Il m’a fallu aller à Chatila pour percevoir l’obscénité de l’amour et l’obscénité de la mort. Les corps, dans les deux cas, n’ont plus rien à cacher : postures, contorsions, gestes, signes, silences mêmes appartiennent à un monde et à l’autre. Le corps d’un homme de trente à trente-cinq ans était couché sur le ventre. Comme si tout le corps n’était qu’une vessie en forme d’homme, il avait gonflé sous le soleil et par la chimie de décomposition jusqu’à tendre le pantalon qui risquait d’éclater aux fesses et aux cuisses. La seule partie du visage que je pus voir était violette et noire. Un peu plus haut que le genou, la cuisse repliée montrait une plaie, sous l’étoffe déchirée. Origine de la plaie : une baïonnette, un couteau, un poignard ? Des mouches sur la plaie et autour d’elle. La tête plus grosse qu’une pastèque - une pastèque noire. Je demandai son nom, il était musulman. 
-  Qui est-ce ? 
-  Palestinien, me répondit en français un homme d’une quarantaine d’années. Voyez ce qu’ils ont fait.

Il tira sur la couverture qui couvrait les pieds et une partie des jambes. Les mollets étaient nus, noirs et gonflés. Les pieds, chaussés de brodequins noirs, non lacés, et les chevilles des deux pieds étaient serrées, et très fortement, par le nœud d’une corde solide - sa solidité était visible - d’environ trois mètres de long, que je disposai afin que madame S. (américaine) puisse photographier avec précision. Je demandai à l’homme de quarante ans si je pouvais voir le visage. 
-  Si vous voulez, mais voyez-le vous-même. Vous voulez m’aider à tourner sa tête ? 
-  Non. 
-  L’a-t-on tiré à travers les rues avec cette corde ? 
-  Je ne sais pas, monsieur. 
-  Qui l’a lié ? 
-  Je ne sais pas, monsieur. 
-  Les gens du commandant Haddad ? 
-  Je ne sais pas. 
-  Les Israéliens ? 
-  Je ne sais pas. 
-  Vous le connaissiez ? 
-  Oui. 
-  Vous l’avez vu mourir ? 
-  Oui. 
-  Qui l’a tué ? 
-  Je ne sais pas.
Il s’éloigna du mort et de moi assez vite. De loin il me regarda et il disparut dans une ruelle de traverse. 
Quelle ruelle prendre maintenant ? J’étais tiraillé par des hommes de cinquante ans, par des jeunes gens de vingt, par deux vieilles femmes arabes, et j’avais l’impression d’être au centre d’une rose des vents, dont les rayons contiendraient des centaines de morts. 
Je note ceci maintenant, sans bien savoir pourquoi en ce point de mon récit : « Les Français ont l’habitude d’employer cette expression fade "le sale boulot", eh bien, comme l’armée israélienne a commandé le "sale boulot" aux Kataëb, ou aux Haddadistes, les travaillistes ont fait accomplir le "sale boulot" par le Likoud, Begin, Sharon, Shamir. » Je viens de citer R., journaliste palestinien, encore à Beyrouth, le dimanche 19 septembre. 
Au milieu, auprès d’elles, de toutes les victimes torturées, mon esprit ne peut se défaire de cette « vision invisible » : le tortionnaire comment était-il ? Qui était- il ? Je le vois et je ne le vois pas. Il me crève les yeux et il n’aura jamais d’autre forme que celle que dessinent les poses, postures, gestes grotesques des morts travaillés au soleil par des nuées de mouches. 
S’ils sont partis si vite (les Italiens, arrivés en bateau avec deux jours de retard, s’enfuirent avec des avions Herculès !), les marines américains, les paras français, les bersaglieri italiens qui formaient une force de séparation au Liban, un jour ou trente-six heures avant leur départ officiel, comme s’ils se sauvaient, et la veille de l’assassinat de Béchir Gemayel, les Palestiniens ont-ils vraiment tort de se demander si Américains, Français, Italiens n’avaient pas été prévenus qu’il faille déguerpir à toutes pompes pour ne pas paraître mêlés à l’explosion de la maison des Kataëb ? 
C’est qu’ils sont partis bien vite et bien tôt. Israël se vante et vante son efficacité au combat, la préparation de ses engagements, son habileté à mettre à profit les circonstances, à faire naître ces circonstances. Voyons : l’OLP quitte Beyrouth en gloire, sur un navire grec, avec une escorte navale. Béchir, en se cachant comme il peut, rend visite à Begin en Israël. L’intervention des trois armes (américaine, française, italienne) cesse le lundi. Mardi Béchir est assassiné. Tsahal entre à Beyrouth-Ouest le mercredi matin. Comme s’ils venaient du port, les soldats israéliens montaient vers Beyrouth le matin de l’enterrement de Béchir. Du huitième étage de ma maison, avec une jumelle, je les vis arriver en file indienne : une seule file. Je m’étonnais que rien d’autre ne se passe car un bon fusil à lunette aurait dû les descendre tous. Leur férocité les précédait. 
Et les chars derrière eux. Puis les jeeps. 
Fatigués par une si longue et matinale marche, ils s’arrêtèrent près de l’ambassade de France. Laissant les tanks avancer devant eux, entrant carrément dans le Hamra. Les soldats, de dix mètres en dix mètres, s’assirent sur le trottoir, le fusil pointé devant eux, le dos appuyé au mur de l’ambassade. Le torse assez, grand, ils me semblaient des boas qui auraient eu deux jambes allongées devant eux. 
« Israël s’était engagé devant le représentant américain, Habib, à ne pas mettre les pieds à Beyrouth-Ouest et surtout à respecter les populations civiles des camps palestiniens. Arafat a encore la lettre par laquelle Reagan lui fait la même promesse. Habib aurait promis à Arafat la libération de neuf mille prisonniers. « Israël. Jeudi les massacres de Chatila et Sabra commencent. Le "bain sang" qu’Israël prétendait éviter en apportant l’ordre dans les camps !... » me dit un écrivain libanais. 
« Il sera très facile à Israël de se dégager de toutes les accusations. Des journalistes dans tous les journaux européens s’emploient déjà à les innocenter : aucun ne dira que pendant les nuits de jeudi à vendredi et vendredi à samedi on parla hébreu à Chatila. » C’est ce que me dit un autre Libanais. 
La femme palestinienne - car je ne pouvais pas sortir de Chatila sans aller d’un cadavre à l’autre et ce jeu de l’oie aboutirait fatalement à ce prodige : Chatila et Sabra rasés avec batailles de l’Immobilier afin de reconstruire sur ce cimetière très plat - la femme palestinienne était probablement âgée car elle avait des cheveux gris. Elle était étendue sur le dos, déposée ou laissée là sur des moellons, des briques, des barres de fer tordues, sans confort. D’abord j’ai été étonné par une étrange torsade de corde et d’étoffe qui allait d’un poignet à l’autre, tenant ainsi les deux bras écartés horizontaux, comme crucifiés. Le visage noir et gonflé tourné vers le ciel, montrait une bouche ouverte, noire de mouches, avec des dents qui me semblèrent très blanches, visage qui paraissait, sans qu’un muscle ne bougeât, soit grimacer soit sourire ou hurler d’un hurlement silencieux et ininterrompu. Ses bas étaient en laine noire, la robe à fleurs roses et grises, légèrement retroussée ou trop courte, je ne sais pas, laissait voir le haut des mollets noirs et gonflés, toujours avec de délicates teintes mauves auxquelles répondaient un mauve et un violet semblable aux joues. Etaient-ce des ecchymoses ou le naturel effet du pourrissement au soleil ? 
-  Est-ce qu’on l’a frappée à coups de crosse ? 
-  Regardez, monsieur, regardez ses mains.
Je n’avais pas remarqué. Les doigts des deux mains étaient en éventail et les dix doigts étaient coupés comme avec une cisaille de jardinier. Des soldats, en riant comme des gosses et en chantant joyeusement, s’étaient probablement amusés en découvrant cette cisaille et en l’utilisant. 
-  Regardez, monsieur.
Les bouts des doigts, les phalangettes, avec l’ongle, étaient dans la poussière. Le jeune homme qui me montrait, avec naturel, sans aucune emphase, le supplice des morts, remit tranquillement une étole sui le visage et sur les mains de la femme palestinienne, et un carton rugueux sur ses jambes. Je ne distinguai plus qu’un amas d’étoffe rose et gris, survolé de mouches.

Trois jeunes gens m’entraînent dans une ruelle. 
-  Entrez, monsieur, nous on vous attend dehors.
La première pièce était ce qui restait d’une maison de deux étages. Pièce assez calme, accueillante même, un essai de bonheur, peut-être un bonheur réussi avait été fait avec des restes, avec ce qui survit d’une mousse dans un pan de mur détruit, avec ce que je crus d’abord être trois fauteuils, en fait trois sièges d’une voiture (peut-être d’une mercédès au rebut), un canapé avec des coussins taillés dans une étoffe à fleurs de couleurs criardes et de dessins stylisés, un petit poste de radio silencieux, deux candélabres éteints. Pièce assez calme, même avec le tapis de douilles... Une porte battit comme s’il y avait un courant d’air. J’avançais sur les douilles et je poussai la porte qui s’ouvrait dans le sens de l’autre pièce, mais il me fallut forcer : le talon d’un soulier à tige l’empêchait de me laisser le passage, talon d’un cadavre couché sur le dos, près de deux autres cadavres d’hommes couchés sur le ventre, et reposant tous sur un autre tapis de douilles de cuivre. Je faillis plusieurs fois tomber à cause d’elles. 
Au fond de cette pièce, une autre porte était ouverte, sans serrure, sans loquet. J’enjambai les morts comme on franchit des gouffres. La pièce contenait, entassés sur un seul lit, quatre cadavres d’hommes, l’un sur l’autre, comme si chacun d’eux avait eu la précaution de protéger celui qui était sous lui ou qu’ils aient été saisis par un rut érotique en décomposition. Cet amas de boucliers sentait fort, il ne sentait pas mauvais. L’odeur et les mouches avaient, me semblait-il, l’habitude de moi. Je ne dérangeais plus rien de ces ruines et de ce calme.

-  Dans la nuit de jeudi à vendredi, durant celles de vendredi à samedi et samedi à dimanche, personne ne les a veillés, pensai-je.
Et pourtant il me semblait que quelqu’un était passé avant moi près de ces morts et après leur mort. Les trois jeunes gens m’attendaient assez loin de la maison, un mouchoir sur les narines. 
C’est alors, en sortant de la maison, que j’eus comme un accès de soudaine et légère folie qui me fit presque sourire. Je me dis qu’on n’aurait jamais assez de planches ni de menuisiers pour faire des cercueils. Et puis, pourquoi des cercueils ? Les morts et les mortes étaient tous musulmans qu’on coud dans des linceuls. Quels métrages il faudrait pour ensevelir tant de morts ? Et combien de prières. Ce qui manquait en ce lieu, je m’en rendis compte, c’était la scansion des prières. 
-  Venez, monsieur, venez vite.
Il est temps d’écrire que cette soudaine et très momentanée folie qui me fit compter des mètres de tissu blanc donna à ma démarche une vivacité presque allègre, et qu’elle fut peut-être causée par la réflexion, entendue la veille, d’une amie palestinienne. 
-  J’attendais qu’on m’apporte mes clés (quelles clés : de sa voiture, de sa maison, je ne sais plus que le mot clés), un vieil homme est passé en courant. 
-  Où vas-tu ? 
-  Chercher de l’aide. Je suis le fossoyeur. Ils ont bombardé le cimetière. Tous les os des morts sont à l’air. Il faut m’aider à ramasser les os.
Cette amie est, je crois, chrétienne. Elle me dit encore : « Quand la bombe à vide - dite à implosion - a tué deux cent cinquante personnes, nous n’avions qu’une seule caisse. Les hommes ont creusé une fosse commune dans le cimetière de l’église orthodoxe. On remplissait la caisse et on allait la vider. On a fait le va-et-vient sous les bombes, en dégageant les corps et les membres comme on pouvait. »

Depuis trois mois les mains avaient une double fonction : le jour, saisir et toucher, la nuit, voir. Les coupures d’électricité obligeaient à cette éducation d’aveugles, comme à l’escalade, bi ou triquotidienne de la falaise de marbre blanc, les huit étages de l’escalier. On avait dû remplir d’eau tous les récipients de la maison Le téléphone fut coupé quand entrèrent à Beyrouth-Ouest, les soldats israéliens et avec eux les inscriptions hébraïques. Les routes le furent aussi autour de Beyrouth. Les chars Merkeba toujours en mouvement indiquaient qu’ils surveillaient toute la ville et en même temps on devinait leurs occupants effrayés que les chais ne deviennent une cible fixe. Certainement ils redoutaient l’activité de morabitounes et celle des feddayin qui avaient pu rester dans les secteurs de Beyrouth Ouest.
Le lendemain de l’entrée de l’armée israélienne nous étions prisonniers, or il m’a semblé que les envahisseurs étaient moins craints que méprisés ils causaient moins, d’effroi que de dégoût. Aucun soldat ne riait ni ne souriait. Le temps ici n’était certainement pas aux jets de riz ni de fleurs. 
Depuis que les routes étaient coupées, le téléphone silencieux, privé de communication avec le reste du monde, pour la première fois de ma vie je me sentis devenir palestinien et haïr Israël. 
A la Cité sportive, près de la route Beyrouth-Damas, stade déjà presque détruit par les pilonnages des avions, les Libanais livrent aux officiers israéliens des amas d’armes, paraît-il, toutes détériorées volontairement. 
Dans l’appartement que j’occupe, chacun a son poste de radio. On écoute Radio-Kataëb, Radio-Morabitounes, Radio-Amman, Radio-Jérusalem (en français), Radio-Liban. On fait sans doute la même chose dans chaque appartement. 
« Nous sommes reliés à Israël par de nombreux courants qui nous apportent des bombes, des chars, des soldats, des fruits, des légumes ; ils emportent en Palestine nos soldats, nos enfants... en un va-et-vient continu qui ne cesse plus, comme, disent-ils, nous sommes reliés à eux depuis Abraham, dans sa descendance, dans sa langue, dans la même origine... » (un feddaï palestinien). « Bref, ajoute-t-il, ils nous envahissent, ils nous gavent, ils nous étouffent et voudraient nous embrasser. Ils disent qu’ils sont nos cousins. Ils sont très attristés de voir qu’on se détourne d’eux. Ils doivent être furieux contre nous et contre eux-mêmes. »

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Quatre heures à Chatila 2

Par Islam Lover :: jeudi 26 janvier 2012 à 0:01 :: Al-Aqsa dans notre coeur

L'histoire est le témoin le plus fidèle quant à la barbarie d'Israël et du sionisme. Sabra et Chatila demeureront à tout jamais des souvenirs cruels dans la mémoire de tout musulman. Le récit en est fait ici par Jean genet, dans un style à la fois fort de sens et d'émotions...

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Quatre heures à Chatila


Jean Genet


Note de la rédaction - Du 16 au 18 septembre 1982, l’horreur s’est abattue dans les camps palestiniens de Sabra et Chatila à Beyrouth. Durant plus de 40 heures, près de 3000 Palestiniens ont été décimés par des miliciens phalangistes libanais armés et protégés par les forces d’occupation israéliennes. Un massacre planifié et orchestré par l’armée israélienne.

En septembre 1982, Jean Genet accompagne à Beyrouth Layla Shahid, devenue présidente de l’Union des étudiants Palestiniens. Le 16 septembre ont lieu les massacres de Sabra et Chatila par les milices libanaises, avec l’active complicité de l’armée israélienne qui vient d’envahir et d’occuper le Liban . Le 19 septembre, Genet est le premier Européen à pouvoir pénétrer dans le camp de Chatila. Dans les mois qui suivent, il écrit « Quatre heures à Chatila », publié en janvier 1983 dans La Revue d’études palestiniennes. 
Ce texte magnifique, réquisitoire implacable contre les responsables de cet acte de barbarie, ne commence pas par évoquer l’horreur du charnier. Il commence par le souvenir des six mois passés dans les camps palestiniens avec les feddayin, dix ans avant le massacre de Sabra et Chatila.

(JPG)
Jean Genet


L’affirmation d’une beauté propre aux révolutionnaires pose pas mal de difficultés. On sait - on suppose - que les enfants jeunes ou des adolescents vivant dans des milieux anciens et sévères, ont une beauté de visage, de corps, de mouvement, de regards, assez proche de la beauté des feddayin. L’explication est peut être celle-ci : en brisant les ordres archaïques, une liberté neuve se fraye à travers les peaux mortes, et les pères et les grand-pères auront du mal à éteindre l’éclat des yeux, le voltage des tempes, l’allégresse du sang dans les veines. 

Sur les bases palestiniennes, au printemps de 1971, la beauté était subtilement diffuse dans une forêt animée par la liberté des feddayin. Dans les camps c’était une beauté encore différente, un peu plus étouffée, qui s’établissait par le règne des femmes et des enfants. Les camps recevaient une sorte de lumière venue des bases de combat et quant aux femmes, l’explication de leur éclat nécessiterait un long et complexe débat. Plus encore que les hommes, plus que les feddayin au combat, les femmes palestiniennes paraissaient assez fortes pour soutenir la résistance et accepter les nouveautés d’une révolution. Elles avaient déjà désobéi aux coutumes : regard direct soutenant le regard des hommes, refus du voile, cheveux visibles quelquefois complètement nus, voix sans fêlure. La plus courte et la plus prosaïque de leurs démarches était le fragment d’une avancée très sûre vers un ordre nouveau, donc inconnu d’elles, mais où elles pressentaient pour elles-mêmes la libération comme un bain et pour les hommes une fierté lumineuse. Elles étaient prêtes à devenir à la fois l’épouse et la mère des héros comme elles l’étaient déjà de leurs hommes. 
Dans les bois d’Ajloun, les feddayin rêvaient peut-être à des filles, il semble plutôt que chacun dessinât sur lui-même - ou modelât par ses gestes - une fille collée contre lui, d’où cette grâce et cette force - avec leurs rires amusés - des feddayin en armes. Nous n’étions pas seulement dans l’orée d’une pré-révolution mais dans une indistincte sensualité. Un givre raidissant chaque geste lui donnait sa douceur. 
Toujours, et tous les jours pendant un mois, à Ajloun toujours, j’ai vu une femme maigre mais forte, accroupie dans le froid, mais accroupie comme les Indiens des Andes, certains Africains noirs, les Intouchables de Tokyo, les Tziganes sur un marché, en position de départ soudain, s’il y a danger, sous les arbres, devant le poste de garde - une petite maison en dur, maçonnée très vite. Elle attendait, pieds nus, dans sa robe noire, galonnée à son rebord et au rebord des manches. Son visage était sévère mais non hargneux, fatigué mais non lassé. Le responsable du commando préparait une pièce à peu près nue, puis il lui faisait signe. Elle entrait dans la pièce. Refermait la porte, mais non à clé. Puis elle sortait, sans dire un mot, sans sourire, sur ses deux pieds nus elle retournait, très droite, jusqu’à Jerash, et au camp de Baq’a. Dans la chambre, réservée pour elle dans le poste de garde, j’ai su qu’elle enlevait ses deux jupes noires, détachait toutes les enveloppes et les lettres qui y étaient cousues, en faisait un paquet, cognait un petit coup à la porte. Remettait les lettres au responsable, sortait, partait sans avoir dit un mot. Elle revenait le lendemain. 
D’autres femmes, plus âgées que celle-là, riaient de n’avoir pour foyer que trois pierres noircies qu’elles nommaient en riant, à Djebel Hussein (Amman) : « notre maison ». Avec quelle voix enfantine elles me montraient les trois pierres, et quelquefois la braise allumée en disant, rieuses : « Dârna. » Ces vieilles femmes ne faisaient partie ni de la révolution, ni de la résistance palestinienne : elles étaient la gaieté qui n’espère plus. Le soleil sur elles, continuait sa courbe. Un bras ou un doigt tendu proposait une ombre toujours plus maigre. Mais quel sol ? Jordanien par l’effet d’une fiction administrative et politique décidée par la France, l’Angleterre, la Turquie, l’Amérique... « La gaieté qui n’espère plus », la plus joyeuse car la plus désespérée. Elles voyaient encore une Palestine qui n’existait plus quand elles avaient seize ans, mais enfin elles avaient un sol. Elles n’étaient ni dessous ni dessus, dans un espace inquiétant où le moindre mouvement serait un faux mouvement. Sous les pieds nus de ces tragédiennes octogénaires et suprêmement élégantes, la terre était ferme ? C’était de moins en moins vrai. Quand elles avaient fui Hébron sous les menaces israéliennes, la terre ici paraissait solide, chacun s’y faisait léger et s’y mouvait sensuellement dans la langue arabe. Les temps passant, il semblait que cette terre éprouvât ceci : les Palestiniens étaient de moins en moins supportables en même temps que ces Palestiniens, ces paysans, découvraient la mobilité, la marche, la course, le jeu des idées redistribuées presque chaque jour comme des cartes à jouer, les armes, montées, démontées, utilisées. Chacune des femmes, à tour de rôle, prend la parole. Elles rient. On rapporte de l’une d’elles une phrase : 
-  Des héros ! Quelle blague. J’en ai fait et fessé cinq ou six qui sont au djebel. Je les ai torchés. Je sais ce qu’ils valent, et je peux en faire d’autres. 
Dans le ciel toujours bleu le soleil a poursuivi sa courbe, mais il est encore chaud. Ces tragédiennes à la fois se souviennent et imaginent. Afin d’être plus expressives, elles pointent l’index à la fin d’une période et elles accentuent les consonnes emphatiques. Si un soldat jordanien venait à passer, il serait ravi : dans le rythme des phrases il retrouverait le rythme des danses bédouines. Sans phrases, un soldat israélien, s’il voyait ces déesses, leur lâcherait dans le crâne une rafale de mitraillette.



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